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Samedi 11 novembre 2006

Stéphane, Maxime, Pierre, amis grimpeurs,

  Ce dimanche je suis aller en Ariège.

 

Pour être précis je me suis promené dans le secteur du Quié de Sinsat, pour faire « Anaïs » Total : 400 m en 12 L et je vais vous raconter comment c'était.

http://cafma.free.fr/Sinsat/Pelle/anais.PDF

 Le topo, c'est très pratique quand on ne connaît pas. on connaissait déjà un peu, ça fait déjà deux but pour cette voie. Les autres fois, il était trop tard, ou alors j'étais sorti la veille. No comment !

 

  Ok je raconte

 5h30 Réveil. Un peu dans le pâté, je ne prends pas la peine de déjeuner, je m'installe direct au volant et je démarre la voiture. Le rendez vous c'est à 6h00 du mat chez Marc à Balma, et à chaque fois j'avais 30 minutes de retards. Il a fallut prendre le périph toulousain sur une bonne moitié, puis après je me suis perdu dans le lotissement tortueux de Balma, j'arrive.

 Je me fais charrié parce que je suis à l'heure. Il préfère que je sois toujours en retard.

 

 

  La route vers l'Ariège, ça fait à peu près 1h30. Si bien que quand on arrive, on y voit déjà un peu, même si le jour n'est pas franchement levé.

 

 La marche d'approche ça réveille sévère. La pente est comme ça / et le chemin est d'une qualité ~ Il faut a chaque fois discuté pour savoir où est le chemin.

 

 

 

 

 

 

 

8h30 Marc  commence à grimper.  Il choisi une des voies les moins dure. Il faut savoir que pour faire l' « intégrale d'Anaïs », il faut gravir un premier socle en quatre longueur au choix en 5C+ ou 6a max, puis grimper une deuxième partie en trois longueur  avec le choix du 6a+ ou bien du 6b+ (Pépita). Enfin arrivé à un espèce de promontoire à la base du socle principale, c'est « Anaïs » (la vraie) avec du 6b+ en libre ou 6a+ si on tire les dégaines (6 longueurs).

Enfin c'est ce qui était écrit sur le topo.

  Sur la photo on reconnaît vers le bas les dalles du pubis au centre. La voie que l'on suit en bas est au début  de sa cuisse à gauche de la végétation.(pour le premier socle)

 Pour la partie ventral, on suit légèrement en oblique le fil de ce petit éperon couché.  La partie haute passe par le dièdre que l'on devine, pour finir sur une partie surplombante.

 Après une discussion philosophique sur la nécessité de prendre ou pas un sac à dos pour deux,  Marc démarre donc la grimpe avec un sac sur le dos, et mois j'assure avec un sac sur le dos. A ce moment les premiers rayons du soleil touche le sommet du quié de Sinsat. L'escalade  n'est pas franchement dure. Un GR de l'escalade.

 

 

 

 

 

 

Ça tombe bien après la marche d'approche, j'ai un peu les jambes dures, même un peu rincé. La journée s'annonce belle et ensoleillé. On a chacun 1.5 litres d'eau.

J'ai l'impression que je grimpe en tête plus vite que Marc. Il met une éternité a faire sa longueur. Qu'est ce qu'il fait mince ? Il jardine ou quoi.

 

Au fil des prises et des pensés, on monte les 4 premières longueurs en 1h30. Finalement on grimpe à bon rythme !

 Le rocher est magnifique même si c'est la jungle. C'est plein de touffe de d'herbes, arbustes et ronces.

 Arrivé sur une vire en pente, quelques arbustes nous permettent de faire un relais confortable. Au dessus il y des dalles qui partent à droite de cet éperon inclinés. Je recherche les points avant de me lancer dans cette aventure.

 Je crois deviner un relais suspendu sur la  gauche. Je me lance, mouvements après mouvements, je progresse vers la droite. C'est de la dalle en 6 a+ tout le long,  je me détend petit à petit vers un bac libérateur, je me rétablit et j'embraye dans un autre pas fin

 Tout à coup je ne vois plus de spit sur cette dalles lisses de calcaire blanc, je regarde en bas, il est là, à 1m50 à droite. Bonjour la traversée, j'engage pas mal, si je me rate je fais un vol en pendule enfin je met une dégaine,  puis je monte pour me rendre compte que je me suis trompé de voie. C'était à gauche, purée J'aurai préféré faire pépita, comme l'année dernière, plus difficile mais plus évidente.

 11h30 Après ces trois belles longueurs dans le deuxième ressaut, on arrive enfin à la base du socle final, là où la vrai Anaïs nous tend les bras enfin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vue est magnifique.

 On s'entend pour la suite et savoir qui part dans quels longueurs. C'est pour moi le 6a et 6b+, le 5+ c'est pour marc.

 La longueur suivante, c'est ambiance montagne, rien avoir avec une dalle. C'est un dièdre certes blindés de prises, mais avec le sac a dos, je commence à avoir un problème de puissance. Je passe en tête dans une fissure bien raide, voir surplombante. A la bourrin, je veux passer en dulfer vers l'intérieur de la fissure. Je me coince avec le sac plusieurs fois, je te jure, quel histoire être en tête en sac à dos. Apparemment j'ai fait un mauvais choix. En extérieur ça passe mieux.

 Je suis complétement vide. Plus de jus. Plus de souffle. Ce n'est pas  un problème de poids corporels (trop de chocolat) non c'est un problème de poids sur le dos. J'accroche mon sac à un spits,  j'ai l'impression de m'envoler tellement je me sens léger.

 Avant de poser mon relais je vais récupérer mon sac. On perd du temps à faire du yoyo.

 Marc repasse en tête, j'en garde peu de souvenir. Après c'est une petite longueur sur le flanc de l'éperon sommital. Rien d'insurmontable. Par contre mes pieds commence à se sentir à l'étroit dans les « Baldrini ». Je les retire à chaque relais, avec la hantise de les perdre.

 

 

 

 

 

 C'est à moi de repartir. 6b+ direct à l'attaque du relais. Je laisse  le sac à dos au relais. De beaux pas d'équilibristes sont a fournir sur un bombé qui se passe en travers, le tout surplombés par de grandes parois plus que verticale. Je râles signes que c'est difficile. Je passe, je redescends chercher mon sac.. yoyo .je part à l?assaut du dernier surplomb. Je galère là, c'est carrément dur. Je m'élance pour passer le dévers, une petites prises bien pratique à main gauche éclate dans ma main. Je ne tombe pas grâce à une toute petite inversée, puis malgré l'émotion, je retente de passer ce surplomb avec une grosse inversée. La prise se met à bouger, elle flotte complet, elle est sur le point de céder. Le spit est a porter de main, je n'hésite pas là, dégaine, main, corde et je tire pour me rétablir. En libre c'est plus fort que 6b+, au moins 6c, voir 6c+. Enfin vu le nombre de spits au mètre, ça diminue l'engagement C'est incroyable de dire que le rocher est excellent, c'est très moyen ici 

 

 

 

 

Je suis fatigué, arpès ces 380 mètres de grimpe, j'ai mal au pieds, j'abrège la longueur. Marc ne réfléchit plus, il a trop mal au pieds aussi. C'est du tirage de clous de relais à relais.

 14h50 on est arrivé en haut d'Anaïs. C'était la gloire pour ceux qu'ils l'ont grimper la première fois (« déflorés » écrit dans le topo ). Chapeau  pour les ouvreurs. Pour nous c'est merveilleux après trois essais d'être arrivé en haut de cette paroi :

  La descente :

 

 Jusqu'à présent , on était toujours descendu à partir du haut de la deuxième partie, jamais de tout là haut. La descente en plein après midi semble assez évidente par un sentier jusqu'à ce que l'on arrive à l'éboulis. Là malgré les indications du topos et nos souvenirs, on  discute pas mal. De visu, Marc voit plutôt le rappel à cinq cents mètres sur la gauche. C'est en fait plutôt juste dessous. Problème il y a une barre rocheuse en contre bas. Il s'agissait de dalles inclinés. Pour les contourner cela n'a pas été simple.

 Au final on a retrouver les traces rouges à 15 mètres du rappel. Heureusement qu'il y avait les souvenirs.

 Les rappels ont été chiants, dés que je balançais la corde, elle finissait dans un arbuste ou un buisson. Je défaits les noeuds dans les branches, la corde redescend se remet dans une pinède. C'est une malédiction. A force d'efforts on arrive en bas de la paroi. On a soif, on est complètement séché. J'ai de l'eau dans un sac. Je le récupère. Il est 16h00. Il y a un  couple de filles qui me salue. On discute sur la voie, le chemin de descente. Je me dit que ça ne doit pas être facile quand on se fait prendre par la nuit, et là j'ai eu un petite pensée pour ces parisiens en perdition le printemps dernier. Je  vous dédicace cette petite note.

 

 

 

 

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Jeudi 11 janvier 2007

Un gigantesque voile de neige dévale le flanc de la montagne. Les fortes précipitations accumulées en hauteur, ont formés des paquets qui avec le vent se décrochent régulièrement, et finissent par donner un film de neige continue qui s'écoule le long de la paroi. La roche disparaît sous cette neige fluidifiée qui n’en finit plus de descendre.

Il n’y a plus que du blanc. Je perds un peu mes repères. La fatigue me gagne, je commence à m’épuiser. J’ai perdu tout espoir de vivre, pourtant je manœuvre toujours. La descente se poursuit.

 

 Je ne sais plus comment mon compagnon est arrivé à mes côtés. En marchant quelques pas vers le bas, je me rend compte d’un changement de terrain. Nous ne sommes plus sur une paroi, ou un couloir suspendu dans le vide. C’est une neige travaillée et tassée. Je m’y enfonce suffisamment pour me sentir en sécurité face vers le bas. Je me retourne vers Rob, et je m’étonne à lui dire que les rappels sont terminés. On range la corde.

 

J’avance une jambe après l’autre, sans avoir l’impression de faire d’efforts. Le crissement de mes crampons est absorbé tant je m’enfonce. J’ai la sensation de marcher dans du sucre glace. Une forte chaleur commence à envahir mes cuisses, mon dos, puis remonte dans mon visage. Elle me fait mal comme de l’onglé sur tout le corps.

 Petit à petit nous avançons vers le bas. Le vent violent et l’épais brouillard qui nous avaient accompagné depuis le sommet se dissipent enfin et nous voyons à 50 mètres de distance, des rochers. Finalement, nous apercevons le glacier d’Argentière dans les nimbes. Le l’itinéraire pour l’atteindre paraît facile. Un plafond de nuages est suspendu au dessus de nos têtes. Il pleut un mélange neige et de grésil.

 

Un sentiment de soulagement se propage petit à petit dans mon esprit, très vite gâché par une baisse de luminosité. La marche nous réchauffe enfin. Mais elle ressemble à une torture, tant mon corps me fait souffrir. Un dédale d’immense bloc de granit succède à un infâme pierrier. Dans la souffrance, nous marchons enfin sur le glacier. Il est 20h30.

 

Dans un éclair de lucidité, je parviens à convaincre Rob, de la proximité du Refuge d’Argentière par rapport à la vallée de chamonix. Il serait tellement facile de choisir de descendre directement dans la vallée. J’estime justement la durée de descente à au moins 2H30, alors que le refuge doit être à une demi heure. Mais il faut monter. C’est une épreuve énorme qui nous attend. Tel des zombies, nous avançons lentement entre les crevasses du glacier. Dans notre état de fatigue, la descente aurait en fait durée plus de 5 heures. La montée au refuge s’accomplit en 1 heure. C’est trempé jusqu’au os que j’enlève lentement mes vêtements dans le corridor d’entrée. Notre arrivée restera gravé dans ma mémoire.  

 

Attablé depuis 5 minutes, le gardien est en train de déguster son repas. Sa femme amène de la salade et vient s’assoire à son tour. C’est à ce moment là que je fais mon apparition à l’entrée de la salle à manger. Tout les regards présents dans la salle se tournent curieusement vers moi. Je suis en slip avec une veste en duvet pour tout vêtement. Un peu étonné, la gardienne lance un « ça va ? » presque hésitant à peine interrogateur. Je ne sais si c’est ma réponse ou la consistance de ma voix qui a figé les visages de l’assemblée. Ils s'affairent pour nous installés à une table. Je ne sais comment, mais je me retrouve assis, une couverture sur les jambes. On nous amene des vêtements chauds. De la soupe et finalement tout le repas des gardiens nous est servi. Avec une extrême gentillesse, les gardiens me questionnent. Ils me proposent de l’aspirine. Nous n’arrivons pas à manger. Seul du thé chaud arrive à passer.

 

Avec difficultés, je parviens à leur raconter notre aventure. Notre ascension, le sommet avec le mauvais temps, l’enfer de la descente. Je réalise enfin que je suis vivant. Une douleur physique me convainc de cette réalité. Seul mes pieds ne me font pas trop souffrir.


fin

LES CONSEQUENCES DE CETTE AVENTURE :

Le matin après cette nuit au refuge, nous étions encore dans un état d'épuisement avancé. Un hélicoptère des secours en montagne a put passer sous le plafond nuageux stagnant à 300m au dessus du refuge. L'hélico du PGHM de Chamonix est venu nous chercher et en a profité pour redescendre un membre du personnel du refuge. Le gendarme qui m'a examiné, a eu la présence d'esprit de retirer mes chaussettes. J'avais les orteils gelés.


Rob s'en est sorti avec avec une grosse fatigue. Il est retourné en Irlande en urgence, pour un problème administratif (Bagnole). J'ai encore du matériel de montagne qu'il a oublié. Je ne sais pas s'il a refait de la montagne après cette épreuve.

De toutes épreuves, j'ai tendance à y chercher des points positifs. D'en apprendre le plus possible. C'est dans mon caractère.  Cette fois, j'ai mis beaucoup de temps à y parvenir.
Je cherche encore mes erreurs. Aurais-je du mieux préparer ma course ? Le guide vallot, que j'avais consulté pour l'ascension et la descente était une nouvelle édition. C'était un topo parmi d'autres, lu pour l'occasion. Mais j'en ai raté un. Il y avait dans une vieille édition du Guide Vallot de la bibliothèque de mon père, une petite remarque supplémentaire sur la descente du Chardonnet (je l'ai lu après): "Pour descendre de  l'Aiguille du Chardonnet,  par mauvais temps préférer l'Arête Forbe" Il y était préciser que l'itinéraire de descente classique est peu évident.
La sagesse des anciens n'avait pas de limite. Dommage qu'il faille pour en profiter, lire un livre ancien de plus de 50 ans introuvable dans une librairie.

Pourquoi faire tout un fromage de cette histoire ? Ce n'était pas ma première aventure difficile. Il y a 10 ans, j'avais vécu aussi un épisode très douloureux dans la face sud du mont blanc. Mais je n'avais pas cru que l'on pouvait se voir mourir à plusieurs reprises dans la même journée. Ce mercredi 6 juillet 2005, j'en ai eu la sensation.


Des gens vous diraient que ce n'était pas mon jour. La montagne n'a pas voulu. D'ailleurs c'est le titre d'un livre : http://www.masse-fr.com/Livres/Access/La_Montagne_n_a_pas_voulu...html

 

Je ne sais que penser. Je me  souviens d'une remarque de Rob. "Si nous nous étions arrêté pour nous reposer, nous y serions toujours." Je pense qu'il a dit cela dans l'hélico.

Oui, si je m'étais arrêté ou si nous avions décidé d'arrêter de descendre pour appeller du secours avec un GSM, au mieux nous serions mort de froid en 1 ou 2 heures. Cela aurait dus être, mais nous n'avons pas voulus. La seule issue possible, est celle que nous avons prise. DESCENDRE sans s'arrêter.


De la haut on voit les choses autrement...m'a rappellé une amie. Depuis cette journée, ma vision à changer. Carpe Diem et un certain sens de la spiritualité font maintenant bon ménage.

Et je continu à faire de la montagne...mais coolos

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Jeudi 11 janvier 2007

Je m’efforce de manœuvrer rapidement sur les passages rocheux. Je coince ma chaussure rigide dans une fissure, pour faire passer la corde derrière un becquet. Rob. suit à corde tendue. Je rejoins enfin une arête de neige qui semble me conduire dans la bonne direction. Je vérifie ma boussole. Nord-est. Je fais confiance à l’indication de l’aiguille rouge. Sur la carte la plus précise, l’orientation aurait été aussi valide. Un point de repère visuel serait pourtant bienvenu. Au lieu de cela, la neige commence à fouetter mes joues et je suis contraint de mettre mon masque pour voir mes pieds, car la neige envahie mes yeux par paquet. Voilà trois quarts d’heure que nous suivons l’arête. Il est 9 heures du matin, quand je m’engage dans un couloir correspondant aux indications du topo. Je marche d’abord face au vide, en tapant à chaque pas, l’arrière de mes talons sur la neige. Mais mes crampons me gênent. Je me retourne vers le haut et je descends à reculons, pointe avant sur de la neige dure, recouverte de 2 cm de poudreuse.

 

Une fois avec Rob., je fais le point avec lui. Tout paraît être en accord avec l’itinéraire classique de descente, mais nous ne voyons strictement rien à plus de dix mètres. Pas moyen d’être sûr. J’estime qu’il faut poser un rappel, pour aller y voir. Car si nous restons trop immobile, le froid nous envahie et il y a beaucoup de vent. Nous trouvons un amarrage valable sur un bec rocheux. Un anneau est sacrifié. Je descends le long de la corde par la pente la moins raide. A ma gauche, j’ai la sensation qu’il devrait y avoir quelque chose, pour que cela corresponde à l’itinéraire classique, mais il n’y a pas de passage. Je me rends compte, qu’il est impossible de voir s’il y a ou non un passage, dans toutes les directions. Une fois ensemble, nous nous accordons, sur le fait que faute de mieux, il vaut mieux descendre plutôt que de s’exposer à la tempête qui semble forcir. Dans notre esprit, le glacier doit être à une centaine de mètres, ou tout au plus le double. La décision est prise, on descend.


J’installe un deuxième rappel, avec un autre anneau de sangle, que nous laissons. Ce rappel est plus long. Quand j’arrive à descendre de 45 mètres, je recherche un point de relais possible pour se longer. Priorité à la sécurité. Avec quelques mètres de rabais dans les mains, je balaye la pente de la montagne en pendulant sur la corde. Je trouve quelque chose qui ressemble à une fissure. Je plante un piton, je m’y attache et je crie « libre ». Une fois arrivée, Rob. accroche la corde de rappel à un mousqueton qu’il met dans le piton. Je m’accroche à la corde avec un système demi cabestan sur un mousqueton à vis, comme je le fais depuis le début des rappels, vu que j’ai perdu ce fichu descendeur. Je commence à le regretter énormément. Quand je me pends à la corde, le piton ne bouge pas. Je me laisse glisser sur la corde en la tenant avec mes deux mains dessous le demi cabestan. Descendre dans ce qui ressemble du blizzard, est assez étrange. Je m’enfonce dans les nimbes. Après une bonne distance, je réitère ma quête de relais. J’opte pour une pointe rocheuse qui dépasse à peine dans la neige, que j’agrandi en creusant autour avec mon seul piolet. Je vérifie la solidité, en tirant avec mes mains vers les côtés. Vu l’ambiance « grand froid », je constate logiquement la bonne tenue de cette roche dans la montagne. En attendant Rob., je réalise que je claque des dents. Ces rappels successifs nous maintiennent dans une position assise qui minimise les mouvements. Je me suis refroidi et ce claquement de dent en est le résultat. J’essaye de m’occuper à chercher un autre point d’amarrage pour le prochain rappel, tout en restant attacher par ma vache.

 

Nous descendons bien d’autres rappels, et à chaque fois je vérifie mon altimètre et l’heure. Nous sommes toujours aussi haut. Et toujours pas de voie de sortie évidente. Je me demande où nous nous trouvons, si on n’atteint pas bientôt le glacier, on risque de se faire bloquer par la tempête. Je n’ose pas l’envisager. Et mon altimètre qui reste coincé à l’altitude 3720 m. Le mauvais temps a peut être fait chuter la pression, et donc l’estimation de l'altimètre est majoré en conséquence. Ce n’est pas rassurant.

Le froid est si intense, qu’au moindre immobilisme mon corps s’engourdi. Quand j’attends mon compagnon, j’essaye de faire quelque chose pour gagner du temps. Ou alors je me pends à ma vache et je me recroqueville. Sentant mon baudrier me serrer, je me relève sur mes jambes et j’explore les quelques centimètres de ma place. Quand il y a de la neige, j’essaye de faire une terrasse éphémère vu le peu de temps où on y reste. Les rappels finissent par se suivre et se ressembler. Les mêmes gestes, les mêmes manœuvres techniques. Nous conservons toujours nos positions de départ, comme des repères à suivre. Je pose le rappel, Rob le vérifie. Je descends en premier, et il vérifie l’amarrage durant ma descente. Le tout dans une coordination parfaite et une concentration totale, sans rien devoir préciser, comme si nous étions depuis toujours sur cette montagne.

 

Quand cela s’est produit, je ne sais plus combien de centaines de mètres a descendu notre cordée. Je ne sais plus si nous avions faits cinq ou quinze rappels.

Comme à l’accoutumée je m’accroche à la corde et je descends le long de la corde. Après 5 ou 6 mètres, j’entends Rob hurler « STOP » … « On your feet » Saisi par sa voix, j’obtempère immédiatement. Le bec rocheux sur lequel j’avais installé la corde était en train de céder. A ce moment là je suis conscient de la précarité de notre situation. Nous ne voyons rien, nous n’avons aucune certitude sur l’itinéraire, et tout repose sur les choix que je fais. Dans ma tête, la sensation d’avoir mal choisit l’amarrage me taraude. Presque un sentiment de culpabilité me touche, aussitôt réprimé par ma conviction d’avoir vérifié la solidité de la roche. Mais le travail de la corde a cette fois joué différemment. Bêtement je remercie mon compagnon, lorsqu’il m’indique qu’il a installé la corde sur un autre bec rocheux. Sans trop réfléchir à l’instant passé, mais sachant que tout s’est joué à 1 ou 2 secondes, je parviens à descendre sereinement jusqu’en bas.

 

Concentré sur la recherche d’un autre point possible de relais, je n’attache pas d’importance à la tempête qui fait rage autour de moi. J’essaye de me dépêcher, car j’imagine que Rob a aussi froid que moi, et qu’il doit trouver le temps long à chaque relais.  La neige commence à coller à mon masque, malgré les passages avec ma main. Je dois avoir l’air d’un cosmonaute, seul mon nez et ma bouche dépassent de temps à autre de ma cagoule.

 

Des minutes passent ou des heures…et quelques rappels de plus. Le temps semble suspendu tant l’ambiance, oscillant entre le gris et le blanc, est cotonneuse.

 

Alors que nous sommes accroché à un large couloir de neige. Sans assurance, Rob va vers la droite du couloir pour chercher une fissure ou un becquet. Pendant ce temps, je cherche sur le fond du couloir de la glace solide. Je veux y fixer une broche pour y mousquetonner la corde de rappel entre mes cuisses. Les pieds bien plantés dans la neige dure, je creuse avec la pioche de mon piolet jusqu’à la partie glacée. Une fois parvenue à la glace, j’installe solidement la broche. Puis au lieu d’y attachée la corde, je me longe à cette broche. Au moment où je songe à y fixer la corde, une coulée de neige balaye le couloir. C’est un volume incroyable qui s’abat sur moi. La masse est telle, que je suis entièrement en poids sur la broche. Sans elle je dévalerai la pente. Inquiet, je jette un regard vers Rob, qui est à l’abri sur ma gauche. Cette coulée s’est abattue tout d’abord sans bruit, s’intensifiant de seconde en seconde, me faisant craindre de la solidité de l’ancrage. Avec soulagement, je sens que la coulée faiblit. Là c’était le deuxième Gong de la mort. Encore un coup qui s’est joué à la seconde près. Le fil de la vie me semble bien mince.

 

Après avoir posé le rappel, je jette coup d'oeil à mon comparse pour lui demander si il va bien. Le regard de Rob commence à devenir froid. Il dit qu’il va bien. Il essaye de me rassurer. Et je le quitte une nouvelle fois, en réalisant, qu’à tout moment un nouveau danger va venir nous faucher.

 

Tout est devenu hostile.

 

Un peu plus tard, profitant d’une accalmie de la tempête, nous buvons un peu d’eau, quand le ciel se déchire un peu sous nos pieds. Médusé, nous apercevons mille mètres plus bas, un glacier. Le glacier d’Argentière. Notre position nous apparaît dramatiquement. Le mauvais versant du Chardonnet. C’est le 3ème Gong. Mon compagnon d’infortune me regarde en me signifiant son verdict : « Very Bad » Petit à petit, avec la tournure des évènements, le point de la situation s’impose logiquement à mes yeux. Nous ne survivrons pas à cette aventure. Nous sommes déjà très éprouvé physiquement par le froid. Je regarde l’heure. Il est 15H00. L’altitude est encore tellement importante. 3500 m. Je ne comprend pas comment on n’a pu perdre aussi peu d’altitude.

 

Sans parler un mot, notre cordée se remet à progresser mécaniquement vers le bas. Comme pour confirmer notre situation, la tempête reprend, et nous isole à nouveau. Le vent souffle encore plus fort que tout à l’heure. Il est continu à 70 km/h. C’est du grésil qui se colle partout sur mes vêtements, mon piolet, la corde. Un quatrième Gong sonne dans ma tête. Aujourd’hui, Yves, tout à foutu le camp. La moindre faute personnelle sera maintenant fatale. Si ce n’est pas la montagne qui s’en charge elle-même. La chute devrait être silencieuse dans cette tempête. C’est dans l’ordre des choses.

 

Mes gestes ne sont plus réfléchit. Ce sont de simples réflexes acquis par une existence vivante de travail, mais aussi de loisirs, d’escalades et de montagnes. Il reste juste ma volonté qui me guide et notre obstination à descendre, pour essayer…

 

Ce que tout peut devenir simple parfois. Il n’y a plus rien à penser. Juste à se poser dans la neige, se laisser gagner par  la fatigue. Mais une idée fixe me maintient en mouvement. C’est une véritable obsession : DESCENDRE

Nous n’avons même plus le courage ou la force de parler.

 

Des heures interminables défilent. Soudain, Tout devient blanc.

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Jeudi 11 janvier 2007

  Une Version avec gros caractère est disponible à la catégorie "Indes"
 

 Le sort m'a fait rencontré Robert (dixit Rob.).

C'est un irlandais, très bon grimpeur et alpiniste, qui cherchait aussi un compagnon de cordée. On s'est rencontré à l'office de la haute montagne (OHM) à Chamonix. C'est au cours d'une discussion, sur les conditions des itinéraires dans le massif du Mont-blanc, qu'il m'a abordé. On a sympathisé, en discutant de nos projets, et il m'a spontanément proposé de faire cordée avec lui.
Sa proposition était sympathique. On a commencé par s'échauffer sur une école d'escalade. On était tout les deux très en forme. Sa liste de course était plus impressionnante que la mienne.
On a alors décidé de se préparer pour une course d'envergure moyenne :
    La voie Migot (Est-nord-est) à l'aiguille du Chardonnet. La difficulté était largement à ma portée et au vue de ce que j'avais vu avec Robert, très accessible pour nous deux. Les conditions semblaient aussi idéales. Bonne tenue de la neige, selon le témoignage d'alpinistes à l'OHM. La préparation d'une course en haute montagne, suit plusieurs étapes. Elles ne se limitent pas à faire son sac et à regarder la météo. En alpiniste autonome, il faut scruter les moindres détails d'un topo, des conditions de neige et glace, vérifier le matériel, sélectionner l'utile et supprimer le superflu, sans oublier de vérifier qu'il y a des places disponibles pour dormir au refuge. *

Ce jour là, je me souviens de certains détails. Au camping de Vallorcine, la veille, j'étalais mes affaires de montagne sur la pelouse. J'avais lu et relut le topo "Guide valot" nouvelle édition, avec beaucoup d'attention. Etant francophone, j'avais la charge de bien comprendre l'itinéraire. La montée me semblait assez évidente, la descente aussi, même si j'avais une certaine incertitude sur la manière d'aborder l'arrête pour accéder au rappel. L'avenir dira, comment un petit point de détail comme la version d'un topo (hommage aux anciens), aurait put vous sortir d'une situation dramatique.

 Voici la reconstitution des faits, comme s'ils étaient vécu par le lecteur.


Devant moi il y a toute sorte de matériel. Une veste en gore tex rouge, une polaire bleu, un pantalon de montagne, ma veste en duvet, des crampons, deux piolets, de la viande séché, un morceau de fromage, des vivres de courses...
Toutes ces affaires forment un immense bazar
étendu sur le pré, avec ma tente qui trône au milieu.
Tel un bon alpiniste, je m'échine à défaire et refaire mon sac deux ou trois fois. A chaque étape, je renonce à prendre un T-shirt de rechange, ou j'estime inutile de prendre une paire de gant supplémentaire.
Mon esprit vagabonde sur les crêtes au loin. Je sens la joie me gagner, c'est celle qui vous conquérit la veille d'un départ en vacances. Je m'apprête à monter là haut. J'exulte de pouvoir retourner sur ces cimes, où suspendu dans le ciel, on éprouve enfin la vie qui
bouillonne dans son corps.

Cette fois j'ai un drôle de sentiment. Je le prend pour de l'appréhension logique avant une course. A tout moment, je suis près à renoncer à cette ascension. Cependant, il faut admettre que je suis en bonne forme physique. D'autre part, le temps est stable depuis quelques jours. Le début de l'été à commencer tranquillement. Il y a même des nuages qui poursuivent leurs voyages, tout en permettant
à protéger la neige des rayons du soleil trop puissants. La neige sera transformée comme il faut, sans que ce soit de la soupe. Il faudra peut être se lever plus tôt, si la météo annonce du grand beau temps, sinon on risque de s'enfoncer à la descente.
Pendant que je cogite sur les conditions en altitude, une petite rafale de vent se met à souffler et disperse des papiers dans la pelouse. Je cours pieds nus dans l'herbe pour les
rattraper. Je connais bien cet endroit. Dés mon enfance, je l'ai parcouru plusieurs fois. C'est très agréable.  Je me remet à préparer mes affaires pour la montée en refuge de demain, puis je me plonge dans un bouquin d'Elsa Triolet : Les années de nylons.

Je découvre le lendemain matin, un Robert triomphant (Il veut qu'on l'appelle Rob). Il est aussi heureux que moi de prendre de l'altitude. Au village du Tour, nous nous apprêtons à monter au col de la Balme. Idiotement, nous refaisons notre sac à dos en nous répartissant du matériel collectif : La corde de rappel, des mousquetons, des broches à glace, notre
dîner de ce soir. On discute de choses et d'autres, quand tout à coup ses yeux se fixent à l'intérieur de sa voiture. Rob se met à fouiller, puis  il vide son sac à dos sous mon regard étonné.
Where is this fuck'n coat ?

Il a bien fallu un quart d'heure de recherche, pour qu'il se résigne à m'abandonner dans un café et redescendre aux
Houches chercher son indispensable veste de montagne. C'est avec philosophie que je prends ce faux départ. Il vaut mieux s'en rendre compte ici, que sous le vent glacial du sommet d'une montagne.

Il est onze
heures quand nous démarrons notre marche. Mon sac n'étant pas très lourd, la montée au refuge Albert 1er, prend des allures de randonnée paisible. On suit le sentier facile qui part vers la droite dans le versant ouest du col de la Balme. Il longe la base d'une crête rocheuse qui s'élance vers l'aiguille du Tour. Celle-ci domine un glacier du même nom, qui recule inexorablement d'année en année. Je passe à côté de quelques personnes qui s’écartent gentiment du sentier. L'air est frais, malgré un peu de soleil qui inonde mon visage. Bientôt je gagne la moraine du glacier, pour m'attaquer à un sentier plus raide. Au bout, il y a le refuge posé sur un socle rocheux, où quelques randonneurs profitent du paysage avec une boisson à la main. Quand j'arrive au refuge, Robert est déjà là. Il m'offre à boire. Nos yeux se perdent à leurs tours, sur ce panorama ornés du bruit des torrents qui coulent au loin.

 

Nous repartons rapidement pour gravir les quelques centaines de mètres de dénivelé qui nous séparent du col (env. 3000m)

 

 

Après avoir gravi le ressaut le plus raide,  le passage du col nous offre un nouveau panorama. A chaque pas, l’émotion enveloppe mon cœur. C’est troublant de voir le terrain changer rapidement, de percevoir le contraste d’un nouveau paysage, au fur et à mesure que l’on progresse. J’aperçois l’objectif  du jour. La trace sur la neige est bien stable. Nous traversons le plateau du Trient sur sa partie supérieur. C’est un bassin d’accumulation de neige, qui alimente en glace plusieurs glaciers. J'atteins enfin la cabane du Trient  et un drapeau à croix blanche nous indique que nous avons franchit la frontière. Je retire mes chaussures avec plaisir. Mon sac ne m’a pas trop fait souffrir. Je pénètre à l’intérieur du refuge, bien plus chaud que l’extérieur. Dehors, le vent fouette les volets. Je m’étale de tout mon long sur le banc. Je savoure avec bonheur ces moments de repos après l'effort.

 

Une journée en montagne parmi des centaines d’autres. Le trésor de ma vie.

 

Après quelques instants de repos bien mérité, et une boisson chaude salé appelé « minute-soupe Knorr », je dispose les ingrédients du dîner sur une table en bois. Consciencieusement, je verse l’eau bouillante sur un mélange  de gruyère râpé et de flocons « Purée Mousline ». Rob coupe des morceaux de jambon cru en petit copeaux. Je mélange le tout, afin d’obtenir une sorte d’alligot des montagnes.

 

Malgré l’altitude, tout passe très bien. On se régal grâce à ma recette secrète. Une fois rassasié, j’observe les sommets à travers les vitres de la fenêtre. C’est grandiose, si beau. C’est une réussite, la journée de demain s’annonce bien. Sur le panneau d’affichage, il y a marqué la météo Demain : « beau temps ».

Il va donc falloir se lever tôt, très tôt. Au alentour de minuit. Car s’il fait beau sans aucun nuage, le soleil ramollira la neige gelée plus vite qu’aujourd’hui, et il y a 500 mètres de face à gravir et le double à descendre dans la même journée. J’ignore alors que cela auraît du être ma dernière journée à vivre.

 

On file dans notre dortoir vers 19 heures. Je m’endors aussitôt, mais une heure plus tard, quelque chose me réveille en sursaut. En y pensant, je ne me souviens pas si c’est quelqu’un qui a parlé en dormant ou le vent qui a fait claqué un volet. Je me mets à mouliner toute sorte de chose dans ma tête. Des choses idiotes, de la vie d’en bas. Ce n’est pas dans mes habitudes, d’avoir du mal dormir en montagne. Normalement les soucis de la vie quotidienne sont mis à part en montagne, mais là quelque chose trotte dans ma tête et me tient éveillé… L’amour, sentiment étrange, auquel j’ai toujours porté peu d’intérêt, s’est invité à ma porte. Par trois fois, il avait pris possession de mon être. Je l’avais  reconnu à chaque fois que la femme aimée etait absente, à une petite douleur que l'amour procure comme une boule d'angoisse dans le bide. Mais je n’avait jamais cru aux contes de fée tel l’Amour pour la vie ou l’âme sœur. J’ai mis tellement de temps à ac